"Cassagnes d'Hier et d'Aujourd'hui"

Article paru dans l'un des bulletins de l'association.

"La sériciculture à Cassagnes"
(2003)

 

Au début du siècle dernier, l’élevage du ver à soie devait être pratiqué par de nombreuses familles de Cassagnols, puisque le maire lui-même était chargé de fixer la date du comptage et du pesage des cocons récoltés par ses administrés. Les sériciculteurs étaient informés de cette date par un avis de la mairie. C’est ce que nous dit l’un des sériciculteurs de l’époque qui, mécontent de la date retenue par le maire, écrivit à un tiers pour lui faire part de sa colère. Cette missive comportant quelques qualificatifs injurieux pour le maire d’alors, nous ne saurions la reproduire ici.

Ce document nous révèle que nos ancêtres cassagnols exerçaient des activités autres que la viticulture, pour "faire bouillir la marmite", particulièrement en cette période funeste où les impitoyables ravages causés par le phylloxéra dans le vignoble obligeaient nos vignerons à trouver, pour subsister, d’autres sources de revenus que celles procurées par la seule vigne. Sans contexte, la catastrophe viticole de la fin du XIXe siècle a favorisé le développement de la sériciculture dans nos villages.

L’élevage du ver à soie naquit en Chine, bien avant l’ère chrétienne. Il s’étendit au Japon et fut introduit dans l’Empire romain au VIe siècle seulement. Il gagna la France au XIIIe siècle et s’implanta dans la vallée du Rhône, Lyon devenant le centre d’une importante et florissante industrie du tissage de la soie.

En Roussillon, la sériciculture se développa au XVIIIe siècle. Une usine de tissage se monta à Perpignan en 1770, et une pépinière spécialisée dans la production de mûriers à fruit blanc, s’installa à Prades.
Dans le courant du XIXe siècle, la pratique de la sériciculture gagna beaucoup de villages de notre département. Les mûriers étaient plantés dans le village et dans les alentours immédiats où ils existent encore en assez grand nombre.
La raison de cette proximité est fort simple : il fallait approvisionner en feuilles fraîches les chenilles ou bombyx du mûrier, trois ou quatre fois par jour. Plus les mûriers étaient proches de la maison, et moins on avait à courir pour effectuer la récolte pluri-quotidienne des feuilles. L’élevage du ver à soie se faisait soit dans les maisons mêmes, soit dans les dépendances.
On peut voir, dans les délibérations du Conseil Municipal, qu’à partir de 1905, celui-ci proposait de mettre en adjudication les feuilles des mûriers de l’ancien cimetière (terrain de l’école actuelle) pour l’éducation des vers à soie. Un cahier des charges a été établi et renouvelé chaque année jusqu’en 1910, date à laquelle l’école a été construite.

Nombreux avons-nous été, entre les deux guerres, à consacrer une partie de nos loisirs d’enfants à l’élevage passionnant des vers à soie. La voracité des chenilles nous stupéfiait ! Le long et savant tissage du cocon dans les tiges de genêt ou de bruyère nous hypnotisait : "Ca y est y maman, toutes les chenilles ont fait leur cocon, j’en ai trente …" Et puis, on laissait les papillons sortir lentement de leurs cocons, étirer leurs ailes froissées, puis voleter, puis s’accoupler, puis pondre des œufs … et tout recommençait … les chenilles … les feuilles de mûrier …

 

Yves Sire


Quelques photos de mûriers tout proche du village.
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7 photos

Extrait des délibérations du conseil municipal sur l'adjudication des feuilles de mûriers
de l'ancien cimetière.

(en préparation)