"Cassagnes d'Hier et d'Aujourd'hui"

Article paru dans l'un des bulletins de l'association.

 

Pourquoi donc une page sur ce thème ? Rien d'exceptionnel pourrait-on dire ?

En effet, mais malgré tout, si aujourd'hui à l'heure d'Internet, l'éclairage ainsi que l'électricité dans la commune sont des choses des plus banales, ils n'en a pas été de même il y a quelques décennies en arrière.

Voici donc, illustré par un petit article paru dans un bulletin de l'association en 2001, un tour d'horizon sur l'épopée de l'éclairage public et de l'électricté dans la commune.


"La fée électricité"
(2001)

 

"Mes enfants, quand vous serez chez vous ce soir, il vous suffira de tourner le bouton et la pièce sera éclairée".

Cette phrase, Francine Bourreil ne l’a pas oubliée. Elle a été prononcée par son instituteur, Monsieur Pierre Pagès, un après-midi de ce début d’année 1927 et, en effet, ce soir là, la lumière fut.

 

Il y avait longtemps que l’on parlait d’installer le courant électrique dans la commune.

Déjà, vingt six ans auparavant, en juillet 1900, l’éclairage public avait été installé.

 

17 réverbères avaient été disposés dans le village de la façon suivante :
- 4 dans le quartier de la fontaine.
- 1 sur la place publique.
- 3 dans le quartier "d’Aval" (Bas du village).
- 2 dans le quartier du cimetière (l’ancien, c’est-à-dire là où se trouve actuellement l’école).
- 3 dans le quartier "d’amont" (Haut du village).
- 2 dans le quartier de la place.
- et 2 dans le quartier de l’église.

 

On aperçoit sur une carte postale du début du siècle à quoi ressemblaient ces réverbères de l’époque.

 

Zoom sur le réverbère situé sur le clocher au dessus de la porte.

 

 

En 1906, les réverbères étaient allumés également les dimanches et jours fériés et le salaire de l’allumeur était fixé, ces jours là, à 1f 50 par nuit d’éclairage.

 

C’est en 1913 que de sérieux projets pour alimenter la commune en courant électrique voient le jour.
Un ingénieur électricien de St Paul, Mr Louis Abram, propose aux communes de Caramany, Cassagnes, Bélesta, Montner, Rasiguères et Planèzes de relier par un réseau électrique toutes ces communes avec son usine du Régatieu, nouvellement construite.

 

Le site, un ancien moulin à farine abandonné depuis plusieurs années, a nécessité des réparations importantes tant au canal qu’au moulin. En avril 1914, un syndicat est créé en vue d’installer ce réseau d’éclairage électrique.
Quelques mois plus tard, le projet est remis en question malheureusement pour cause de guerre.

Ce n’est qu’en 1921 que celui-ci est relancé mais les dispositions prises avant guerre concernant l’usine du Régatieu et le réseau de Mr Abram sont annulées. Chaque commune reprend sa liberté d’action.
Deux ans plus tard, des pourparlers sont engagés avec une autre entreprise, l’industrie électrique Ecoiffier, pour doter la commune du courant électrique nécessaire à l’éclairage et à la force motrice. Ce nouveau réseau ne serait pas relié à l’usine du Régatieu. A la fin de l’année, un nouveau syndicat est créé. Le siège de l’association est fixé à Cassagnes.

 

Après de nombreux devis et concertations avec les autres communes concernées par le projet, le 26 mai 1926, le conseil municipal de Cassagnes déclare l’électrification de la commune d’utilité publique et indispensable.

Ensuite, tout va très vite. La commune accepte le cahier des charges avec les modifications portées par M. l’ingénieur en chef des Ponts et Chaussées.
En décembre, l’industrie Ecoiffier envoie une première facture accompagnée de la lettre suivante :

"Nous comptons commencer les travaux prochainement et pouvoir vous donner la lumière, sauf imprévu, aux environs du premier janvier 1927".


Le 20 janvier, les travaux sont toujours en cours mais les vieux réverbères sont vendus dès le mois de février 1927. On peut donc penser que le courant a été établi début février 1927. Un chef de poste est nommé à Cassagnes afin de surveiller le réseau électrique provenant d’une usine de Perpignan.

Ainsi donc, les rues, quelques maisons comme celle de Francine, seront dorénavant éclairées à l’électricité. Toutefois, l’électricité n’a été installée, du moins au début, que dans les pièces principales telles que la cuisine et la salle à manger. Le quinquet, c’est à dire la bonne vieille lampe à huile d’antan, sera utilisé quelques temps encore. Ainsi, le grand père de Francine continuera de l’allumer tous les soirs pour descendre fermer sa porte à clé.

Entre temps, l’usine du Régatieu a été vendue mais conservera toutefois sa fonction d’usine électrique pour d’autres communes jusqu’aux années 40 (Rasiguères, Planèzes, Lansac).

 

Le 8 avril 1946, la loi de nationalisation pour les industries Electriques et Gazières est votée et la nouvelle entreprise EDF-GDF absorbera petit à petit chaque établissement privé.

Aujourd’hui, toutes les petites usines privées régionales ont disparu, le courant arrive à Cassagnes de très loin, d’un réseau complexe alimenté par des centrales nucléaires, hydrauliques ou thermiques.

Mais à l’heure de l’énergie propre, on parle de plus en plus d’énergie renouvelable (solaire et éolienne) et de micro-centrales hydrauliques. En ce qui concerne les éoliennes, un projet sur la commune de Cassagnes est toujours à l'étude. Par ailleurs, il n’est pas exclu qu'un jour le barrage sur l’Agly, construit sur le territoire de la commune de Cassagnes, soit doté d’une PCH (Petite Centrale Hydroélectrique), puisque le bâtiment destiné à la recevoir existe déjà.

 

Philippe Hurtebize
Avec la participation de Mme Francine Bourreil.


Lettre avec l'entête Ecoiffier.

Petite histoire de réverbères, lampadaires et potences ...

Fils électriques entéerrés >>< Vestiges de potences.
dossier complet avec video de l'enlèvement des poteaux.

inauguration en 1900 des réverbères (voir livre paroissial)
Electricité dans l'église le ... 1926.