"Cassagnes d'Hier et d'Aujourd'hui"

Article paru dans l'un des bulletins de l'association.

"Quand nous allions au cinéma à Cassagnes"
(2002)

 

Aujourd’hui, si nous décidons d’aller au cinéma, nous avons, à Perpignan, un grand choix de salles, très confortables, qu’elles soient au centre ville ou en périphérie.

Pendant mon enfance et mon adolescence, c’était plus simple : Il suffisait de se rendre, le soir, une fois par semaine au Café Bourreil, assister à la séance projetée par M. LLOP de La tour. Ces séances avaient lieu en hiver à l’intérieur du café et, en été, en plein air.

Je n’étais jamais à Cassagnes l’hiver, c’est donc des séances d’été que je vais vous parler.

Nous arrivions avec notre chaise, et nous nous installions sur la route, face à "l’écran". C’était en fait le mur du garage de M. Joseph Bourreil, qu’il avait peint lui-même à la chaux. On peut du reste en voir encore les traces. Les enfants s’assayaient devant, sur leur petite chaise, les adolescents venaient ensuite, et les adultes s'installaient derrière.

Dans les premiers temps, après la guerre, un jeune montait sur une échelle pour enlever l’ampoule de l’éclairage public. Puis, rapidement, un interrupteur fut installé par M. BACO, l’électricien du village, à hauteur d’homme, mais hors de portée des enfants. Le "noir" étant fait, on pouvait commencer !

La première bobine présentait les actualités et un documentaire. Le début du film commençait à la deuxième bobine et M. LLOP en profitait pour se glisser entre les rangs des spectateurs, en s'éclairant d'une lampe de poche, pour encaisser le prix des places. L’entracte suivait. Des ampoules qui avaient été placées sur le balcon du café s'allumaient alors pour éclairer les personnes qui allaient se désaltérer. Puis, la troisième bobine commençait nous conduisant peu à peu, dans la douceur de la nuit, vers le mot "FIN".

Heureusement, la circulation n’était pas ce qu’elle est maintenant. En effet, quand une voiture voulait entrer au cœur du village, il fallait se lever rapidement pour la laisser passer, et nous perdions quelques instants du film.

La séance terminée, chacun rentrait chez soi avec sa chaise, après avoir passé une excellente soirée. Bien sûr, les films n’étaient pas toujours de la première jeunesse, mais c’était une sortie !

Un "concurrent" de M. LLOP venait aussi de temps en temps. Il s’installait sur la place, et tendait un drap sur le mur. Gare aux jours de tramontane, le drap bougeait !

Puis Dame Télévision est arrivée, entrant progressivement dans tous les foyers et modifiant insidieusement les habitudes. Ce fut alors la fin du cinéma de M. LLOP.

Plus récemment, Cinémaginaire venait à Cassagnes régulièrement, à la salle des fêtes en hiver et dans la cour de l'école en été. Les films, très récents, étaient projetés sur un bel écran. Peu à peu, il y eut moins de monde, et Cinémaginaire ne vint plus.

Tout ceci est loin … mais le "mur blanc" est toujours là pour nous rappeler les "années LLOP".

 

Arlette Hurtebize
Avec la participation de Mme Francine Bourreil.


Le "mur blanc" ainsi que l'interrupteur sont toujours là !
30 septembre 2002